
Avant même le coup d’envoi de la finale de la CAN, un autre duel fait déjà rage – un combat qui pourrait bien décider non seulement du trophée, mais aussi de la suprématie individuelle.
Yassine Bounou et Édouard Mendy, tous deux évoluant en Arabie saoudite, capitaines de leurs sélections nationales et prétendants au titre de meilleur gardien du tournoi, incarnent les figures emblématiques de cette Coupe d’Afrique des Nations.
Leurs statistiques soulignent leur domination. Après six matchs, Bounou a conservé cinq clean sheets, ne concédant qu’un seul but—sur penalty contre le Mali—avant de livrer une démonstration en demi-finale avec deux arrêts sur tirs au but. Mendy, tout aussi impressionnant, a enregistré quatre clean sheets, ne laissant passer que deux buts durant le parcours du Sénégal jusqu’en finale.
Parcours différents, même destination : la gloire africaine
Édouard Mendy : Un maître incontesté de la CAN
Édouard Osoque Mendy, 33 ans, ne débarque pas ici en quête de reconnaissance. Il arrive avec un palmarès.
Il a déjà conquis cette compétition. Lors de la CAN 2021 au Cameroun (disputée en 2022), Mendy a été colossal pour le Sénégal, remportant le trophée après une victoire dramatique aux tirs au but face à l’Égypte. Sa régularité, son autorité et ses interventions décisives tout au long du tournoi lui ont valu le titre de meilleur gardien de la compétition, confirmant sa suprématie entre les poteaux.
En club, Mendy a gardé les cages de Reims, Rennes et Chelsea, où il a acquis une reconnaissance mondiale. En 2020, il a aidé Chelsea à remporter la Ligue des champions de l’UEFA, en réalisant l’une des performances les plus dominantes de gardien de but dans l’histoire récente du football européen. Son excellence a ensuite été reconnue à l’échelle continentale lorsqu’il a été nommé Gardien de but africain de l’année en 2022.
À l’échelle internationale, Mendy compte 58 sélections avec le Sénégal depuis ses débuts en 2018. Fait remarquable, il disputera sa troisième finale de CAN, rejoignant ainsi le cercle très restreint de joueurs comme Sadio Mané et Gana Gueye ayant accompli cet exploit. Durant ce tournoi, il a fait preuve d’une fiabilité absolue : quatre clean sheets, seulement deux buts encaissés, et une aura qui rassure ses défenseurs tout en déstabilisant ses adversaires. Aujourd’hui évoluant en Arabie Saoudite, il conserve ce calme, cette acuité et ce tempérament de grand rendez-vous qui le caractérisent.
Yassine Bounou : Élan, maîtrise et instants décisifs
Si Mendy apporte la mémoire, Yassine Bounou apporte l’autorité et l’élan.
Le gardien de but marocain de 34 ans aborde la finale en étant l’un des joueurs les plus impressionnants du tournoi. Cinq matches sans encaisser le moindre but en six rencontres, un seul but concédé – sur penalty – et une demi-finale qui restera dans les mémoires pour des générations, où il a réalisé deux arrêts décisifs lors de la séance de tirs au but, propulsant le Maroc vers une finale tant attendue.
Sa réputation dépasse largement cette CAN. Lors de la Coupe du Monde 2022 au Qatar, Bounou a été une figure centrale de l’épopée historique du Maroc, marquant notamment les esprits en éliminant l’Espagne aux tirs au but — une nouvelle démonstration de son sang-froid sous pression.
Au niveau des clubs, le palmarès de Bounou parle de lui-même. Ancien gardien de l’Atlético Madrid, de Girona et du Séville FC, il s’est forgé dans certaines des cultures footballistiques les plus exigeantes d’Europe. Vainqueur de la Ligue des Champions de la CAF et vice-champion avec le Wydad Casablanca, lauréat de la Ligue Europa avec Séville, et meilleur gardien de la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA, notamment lors de la dernière édition aux États-Unis. Il a également remporté le Trophée Zamora en 2021/22 et a été sacré Gardien africain de l’année en 2023 et 2025.
À l’échelle internationale, Bounou compte parmi les joueurs les plus expérimentés du Maroc, avec 89 sélections depuis ses débuts en 2013, et fait partie des capitaines de l’équipe nationale. La pression, les finales et les soirées décisives sont sa spécialité.
Affûté en Arabie, éprouvé en Afrique
Leur base commune dans la Saudi Pro League ajoute une dimension fascinante à ce duel. Semaine après semaine, les deux gardiens affrontent un football intense, très offensif, sous pression constante – des conditions qui aiguisent leurs instincts, forgent leur résilience et les préparent à des moments comme celui-ci.
Plutôt que d’émousser leur tranchant, le football saoudien l’a aiguisé. Leurs performances tout au long de cette CAN expliquent pourquoi les deux sont favoris pour le titre de Meilleur Gardien du Tournoi – un honneur qui pourrait se jouer sur un seul arrêt.
Là où l’histoire attendra
Les finales de CAN sont rarement généreuses. Elles sont serrées, tactiques, et souvent scellées dans le silence.
Dimanche, au Stade Prince Moulay Abdellah, deux des gardiens africains les plus titrés affronteront l’histoire aux extrémités opposées du terrain.
L’un est un ancien Meilleur Gardien de la CAN et champion continental, qui disputera sa troisième finale. L’autre, double Meilleur Gardien Africain en titre, héros de Coupe du Monde et vice-capitaine avec 89 sélections.
Quand les géants s’affrontent, le bruit s’éteint. Le destin se resserre. Et l’ultime duel avant la finale se joue – silencieux et décisif – entre les poteaux.