
À six jours du coup d’envoi de la 35e édition de la TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations, que le Maroc s’apprête à accueillir, l’histoire de la compétition rappelle avec force pourquoi la CAN demeure l’événement sportif le plus chargé d’émotion du continent.
De l’Égypte pionnière en 1957 au sacre renversant de la Côte d’Ivoire en 2024, la CAN est devenue bien plus qu’un simple tournoi de football. Elle est le reflet des mutations politiques de l’Afrique, de sa fierté culturelle et de ses ambitions sportives. Une scène où des nations se sont révélées au monde et ont parfois réécrit leur propre histoire.
En 34 éditions achevées, des champions venus de toutes les régions du continent ont inscrit leur nom au palmarès, chaque victoire ajoutant une pièce supplémentaire à la grande fresque du football africain.
La CAN est née en même temps que l’Afrique moderne. Lorsque l’Égypte soulève le premier trophée en 1957, puis le conserve en 1959, le tournoi symbolise un continent qui commence à affirmer sa voix sur la scène internationale.
Le sacre de l’Éthiopie en 1962 porte la même charge symbolique, à une époque où le football est aussi un prolongement de l’identité politique. Puis vient le temps du Ghana. Sous l’impulsion panafricaine de Kwame Nkrumah, les Black Stars dominent la compétition en 1963 et 1965, faisant du football un manifeste d’unité et d’ambition.
En 1968, l’émergence du Zaïre (actuelle RDC) marque une nouvelle étape : l’élargissement géographique de la CAN et l’arrivée de l’Afrique centrale parmi les puissances du jeu.
Les années 1970 sont celles de la diversité. Le Soudan ouvre la décennie en s’imposant à domicile en 1970, avant que le Congo-Brazzaville ne connaisse son heure de gloire en 1972.
Le sacre du Maroc en 1976 reste un moment à part. Une victoire construite sur la rigueur tactique plus que sur l’éclat individuel, qui impose un modèle nord-africain durable. Le retour du Ghana au sommet en 1978 confirme son statut de géant des premières décennies.
Les années 1980 s’ouvrent avec le premier titre du Nigeria à Lagos, déclenchant une ferveur appelée à façonner durablement l’Afrique de l’Ouest. Le Cameroun s’invite ensuite au sommet en 1984, inaugurant une ère faite de puissance, d’organisation et de régularité continentale.
À la fin des années 1980 et dans les années 1990, la CAN entre dans l’âge de la maturité tactique. L’Égypte reprend son trône en 1986, tandis que le Cameroun confirme son statut en 1988.
L’Algérie, sacrée à domicile en 1990, incarne l’apogée du football maghrébin. Deux ans plus tard, la Côte d’Ivoire remporte sa première CAN à l’issue d’une interminable séance de tirs au but, symbole parfait du suspense et de l’imprévisibilité du tournoi.
Le Nigeria triomphe en 1994 avec une génération promise à briller sur la scène mondiale. Mais peu d’images égalent celle de l’Afrique du Sud en 1996 : un sacre presque irréel, deux ans après la fin de l’apartheid, où le football devient un outil de réconciliation nationale.
Le Cameroun, porté par un jeune Samuel Eto’o, conclut cette période par deux titres consécutifs en 2000 et 2002.
Les années 2000 offrent des récits contrastés. La Tunisie s’impose à domicile en 2004, avant que l’Égypte n’entre dans une dimension inédite.
De 2006 à 2010, les Pharaons réalisent l’impensable : trois titres consécutifs. Une domination fondée sur l’excellence tactique, la profondeur d’effectif et une constance sans égale, qui fait de l’Égypte la référence absolue de la CAN.
Puis survient l’un des chapitres les plus bouleversants de l’histoire du tournoi. En 2012, la Zambie s’impose à Libreville, près du lieu du crash aérien de 1993 ayant décimé toute une génération. Plus qu’un titre, un acte de mémoire et de résilience.
La dernière décennie voit les grandes nations revenir au premier plan, tout en laissant place à de nouveaux champions.
Le Nigeria gagne en 2013, la Côte d’Ivoire en 2015 récompense enfin sa génération dorée, et le Cameroun s’impose encore en 2017, fidèle à sa réputation de survivant.
L’Algérie renoue avec le succès en 2019 autour de Riyad Mahrez, avant que le Sénégal ne brise son plafond de verre en 2022. Enfin, le sacre ivoirien de 2023, arraché à domicile après un parcours improbable, rappelle que la CAN reste le royaume de l’émotion brute et de l’imprévisible.
Avec sept titres, l’Égypte domine le palmarès comme aucune autre nation. Le Cameroun (5) et le Ghana (4) illustrent une constance rare à travers les générations, tandis que le Nigeria et la Côte d’Ivoire (3 chacun) traduisent la densité du football ouest-africain.
Mais la montée en puissance de nouveaux champions – Sénégal, Zambie, Afrique du Sud – montre que la CAN n’est plus réservée à un cercle fermé.
Chaque titre raconte bien plus qu’une victoire sportive. La CAN accompagne des renaissances nationales, des transitions politiques, des élans collectifs. Des rues d’Accra aux nuits de Dakar, les sacres africains résonnent longtemps après le coup de sifflet final.
Alors que le Maroc prépare neuf stades pour accueillir la compétition, l’attente grandit. Jouer à domicile est une chance… et une pression.
L’Égypte peut-elle reconquérir son trône ? Le Sénégal confirmer son nouveau statut ? Ou une autre nation viendra-t-elle enrichir une histoire entamée il y a près de 70 ans ?
Une certitude demeure : la CAN continuera de battre au rythme du continent.
Palmarès de la Coupe d’Afrique des Nations
1957 : Égypte
1959 : Égypte
1962 : Éthiopie
1963 : Ghana
1965 : Ghana
1968 : RD Congo
1970 : Soudan
1972 : Congo
1974 : Zaïre (actuel RD Congo)
1976 : Maroc
1978 : Ghana
1980 : Nigeria
1982 : Ghana
1984 : Cameroun
1986 : Égypte
1988 : Cameroun
1990 : Algérie
1992 : Côte d’Ivoire
1994 : Nigeria
1996 : Afrique du Sud
1998 : Égypte
2000 : Cameroun
2002 : Cameroun
2004 : Tunisie
2006 : Égypte
2008 : Égypte
2010 : Égypte
2012 : Zambie
2013 : Nigeria
2015 : Côte d’Ivoire
2017 : Cameroun
2019 : Algérie
2021 : Sénégal
2023 : Côte d’Ivoire
1957 : Égypte
1959 : Égypte
1962 : Éthiopie
1963 : Ghana
1965 : Ghana
1968 : RD Congo
1970 : Soudan
1972 : Congo
1974 : Zaïre (actuel RD Congo)
1976 : Maroc
1978 : Ghana
1980 : Nigeria
1982 : Ghana
1984 : Cameroun
1986 : Égypte
1988 : Cameroun
1990 : Algérie
1992 : Côte d’Ivoire
1994 : Nigeria
1996 : Afrique du Sud
1998 : Égypte
2000 : Cameroun
2002 : Cameroun
2004 : Tunisie
2006 : Égypte
2008 : Égypte
2010 : Égypte
2012 : Zambie
2013 : Nigeria
2015 : Côte d’Ivoire
2017 : Cameroun
2019 : Algérie
2021 : Sénégal
2023 : Côte d’Ivoire