
L’Olympique de Marseille vit l’une de ces séquences nocturnes dont le club a le secret, un enchaînement de chaos, de désillusion et de doutes profonds qui laissent des traces. Éliminé brutalement de laLigue des Championsaprès la claque reçue à Bruges (0-3), l’OM a vu son destin européen se jouer jusque dans les toutes dernières secondes ailleurs, à Madrid, où Anatoliy Trubin, le gardien du Benfica, a crucifié le Real sur la dernière action du match, scellant définitivement le sort des Marseillais. Un scénario cruel, presque irréel, venu conclure une soirée déjà irrespirable pourRoberto De Zerbi. Abattu, l’entraîneur italien n’a pas masqué son désarroi après la rencontre, parlant d’un match« trop violent, trop brutal », allant jusqu’à affirmer n’avoir« jamais vu ça en treize ans de carrière », tout en appelant à un examen de conscience collectif et en ciblant implicitement l’attitude de ses joueurs.
En Italie, l’élimination de l’OM et la détresse de Roberto De Zerbi ont largement fait réagir la presse sportive. La Gazzetta dello Sport a insisté sur le caractère totalement surréaliste de la soirée, évoquant une qualification « volée dans les dernières secondes » après le but improbable du gardien de Benfica, Anatoliy Trubin, symbole d’un destin cruel pour Marseill. «En Italie, l’affaire Roberto De Zerbi est très suivie car il a créé une fracture. En Italie, il existe un débat intense entre les partisans du jeu (dont De Zerbi est devenu le symbole) et les partisans du résultat (dont Max Allegri est l’emblème). Il existe une opposition nette entre ces deux termes, mais cette division est erronée, car ceux qui la font sous-entendent que les partisans du jeu pensent au jeu, au beau jeu, et non à la victoire. Au contraire, il faudrait changer le point de départ, car ceux qui ont choisi d’être des partisans du jeu ont choisi d’arriver à Sassuolo d’une certaine manière, en misant sur le beau jeu et d’autres aspects, contrairement à ceux que l’on qualifie de partisans du résultat, qui misent peut-être moins sur la beauté et plus sur le concret, mais dont le but ultime est toujours la victoire», nous explique Antonio Parrotto,rédacteur en chef pourSassuolo News.
Le journalTuttosporta surtout relayé la colère et l’amertume du technicien italien, mettant en avant ses mots forts et son appel au silence et à l’introspection après une élimination jugée « impossible à accepter » pour les Marseillais. «Il y a eu beaucoup de débats ces derniers jours, ces dernières heures, sur De Zerbi. Ses détracteurs se sont manifestés avec des “carrousels en ligne” pour son élimination. Beaucoup ont cité Dugarry, mais beaucoup oublient que De Zerbi a redressé la situation de l’OM en le faisant passer de la huitième place à la Ligue des champions, en le menant à se battre pour un trophée avec le PSG et en espérant pouvoir mettre fin à l’hégémonie du PSG en créant de la valeur au sein du club avec de nombreux joueurs valorisés. Tout n’est certainement pas rose, il y a eu des hauts et des bas, ne pas réussir à entrer dans le top 24 de la Ligue des champions est très négatif, mais je pense que les aspects positifs l’emportent sur les négatifs», poursuit Antonio Parrotto qui a très bien suivi les Neroverdi de De Zerbi (2018-2021).
En Angleterre, son image reste celle d’un entraîneur audacieux et moderne, capable de transformer un collectif, tandis qu’en Italie, son profil continue de fasciner. Clairement ces dernières heures apparaissent comme un bug dans la carrière du Lombard de 46 ans. «C’est une situation pour le moins inattendue pour De Zerbi. On sait que la Ligue des champions n’est pas son terrain de jeu favori, mais de là à se contenter d’un score défavorable pendant les 10 dernières minutes, c’est que le mal est profond. Un départ anticipé en pleine saison ne lui est arrivé qu’une seule fois à Palerme. Sa réputation en prendrait un coup, mais il conserverait toujours son crédit auprès du public italien qui y reste attaché pour ce qu’il a apporté et représenté pour le Calcio en tant qu’incarnation de cette nouvelle génération protagoniste aux antipodes de l’ancienne. Beaucoup trouvent même qu’il n’est pas jugé sa juste valeur en France. Une belle marque de soutien et un bon appel du pied pour un éventuel retour au pays, où il pourrait bien rebondir», nous détaille Gautier Palomba,également vidéaste sur YouTube.
Alors que certains grands clubs italiens comme la Lazio, la Fiorentina, voire même Côme, l’Inter ou le Napoli pourraient perdre leur entraîneur pour diverses raisons distinctes, la Serie A observe d’ailleurs avec une attention toute particulière l’évolution de sa situation à l’OM, consciente que De Zerbi demeure l’un des techniciens italiens les plus cotés de sa génération. «La défaite face à Bruges étant quand même de la grande responsabilité des joueurs sur le terrain et pas de la tactique, De Zerbi préserverait en quelque sorte sa sortie en partant d’un club après un échec collectif dramatique où il a sa part de responsabilité, c’est inévitable, mais où il est, entre guillemets, pas le seul impliqué parce qu’il n’y a pas cette erreur de tactique. Je n’ai pas l’impression que ça le nuirait, ça pourrait le nuire en Italie dans la mesure où il y a six mois qui vont s’écouler. Il y a encore des top clubs, notamment dans le top 8 de cette saison qui n’ont pas de projet sportif clair. Ce serait une manière particulière de quitter le club. Il lâcherait un OM sur le podium, pas loin d’un titre en Coupe de France», analyse Teo Contu, journaliste sportifspécialisé Serie Aet créateur dumédia CalcioTeo. Plus qu’un fiasco personnel, cet épisode marseillais est perçu de l’autre côté des Alpes comme une expérience dans un environnement jugé instable, et non comme une remise en cause définitive de son statut.