Be Sport Academy, la fabrique discrète de talents sénégalais qui séduit l’Europe

CANFebruary 28, 20262 Views

Derrière cette ascension express se trouve un homme, El Hadji Abdourahmane Dieng, président et fondateur de l’académie. Ancien passionné frustré de n’avoir jamais pu percer au plus haut niveau, il a choisi de rester dans le football autrement, en bâtissant un environnement capable d’accompagner les talents sénégalais vers l’élite.« J’avais envie de devenir footballeur professionnel, ce qui n’a pas pu se faire. Je me suis fixé comme objectif de revenir dans le football en créant une structure pour former des jeunes », explique-t-il. Plutôt que de voir la domination des centres historiques comme un obstacle, Dieng y a vu une opportunité. Après avoir longuement observé les modèles existants, notammentDiambars, il est convaincu qu’une autre voie est possible.« J’ai observé ce qui se faisait, notamment à Diambars, l’une des structures qui proposaient le plus de jeunes. Je me suis rendu compte qu’il y avait de la place et qu’on pouvait faire les choses différemment. »

Sport Academy Fabrique Discrète

La première pierre du projet est posée avant même l’arrivée des joueurs : un terrain et des conditions d’entraînement stables. Dans un environnement où beaucoup d’académies dépendent d’installations temporaires, ce choix s’avère déterminant.« L’élément primordial, c’était d’avoir des infrastructures. Si vous mettez les gens dans de bonnes conditions, ils produisent. On s’est battu pour avoir un terrain avant même de démarrer, comme ça on n’est pas obligé de courir à gauche et à droite pour s’entraîner. »Ce socle permet de structurer l’académie et d’attirer des profils ambitieux, posant les bases d’un projet à long terme.

Les talents sont détectés grâce à un réseau d’éducateurs à travers tout leSénégal, puis intégrés très jeunes afin de construire une identité technique et comportementale.« Ce sont des coachs d’écoles de football qui nous proposent leurs meilleurs éléments. Nous essayons de les prendre très tôt pour construire une identité. »Mais l’absence d’un centre d’hébergement complet limite encore le potentiel de développement.« Nous n’exploitons même pas 20 % du potentiel. L’objectif est de créer un centre où un joueur peut faire tout son processus de développement chez nous pendant au moins cinq ans. »

Le succès attire convoitises et départs précoces, parfois vécus comme des occasions manquées.« C’est un sujet sur lequel je n’ai pas beaucoup parlé, mais oui, il y a un regret. À mon avis, il était trop pressé. Il a quitté un environnement où il était porte-drapeau pour aller dans la concurrence », confie-t-il à propos du départ de Serigne Fallou Diouf. Au Sénégal, le statut amateur protège mal les clubs formateurs face aux sollicitations extérieures et aux tentatives d’approche. «C’était des moments très très difficiles parce que ce sont des situations à risque où tout peut basculer. De plus en plus, on essaye de mettre en place un arsenal juridique pour se protéger. Ce n’est jamais suffisant, mais parfois ça dissuade, et là on a réussi à le conserver. Dès qu’un joueur fait de grandes performances, il est attaqué de partout : la famille, les intermédiaires, même au sein des sélections. Ça tire de partout.»

Une révolution est-elle possible ? Trop tôt pour le dire, mais El Hadji Abdourahmane Dieng aimerait un changement profond du règlement.« Tant que les textes ne sont pas changés pour mieux protéger les clubs formateurs, ce genre de situations va se répéter. »Dans ce contexte, le jeune talent sénégalais Mouhamed Dabo (17 ans) a récemment effectué des essais en Angleterre, où il a marqué les esprits.« Les tests à Manchester United se sont très bien passés, il les a réussis dès le premier jour. Mais dans les histoires de transferts, il y a toujours beaucoup de choses en coulisses, différentes parties impliquées. Aujourd’hui, ce n’est pas exclu qu’il aille là-bas, mais il peut aussi rejoindre un autre grand club ou un projet de développement. »

Parmi les jeunes talents, Souleymane Faye cristallise l’attention des recruteurs européens.« Au retour de ses expériences et de laCAN, on ne l’a pas senti changer. Il est resté le même, il a gardé la tête froide. Je pense que c’est lié à son éducation et à la façon dont il est encadré ici. Il n’y a pas eu d’écart de comportement, ce qui est une satisfaction. Oui, il y a des clubs qui s’intéressent à lui, qui se rapprochent, certains sont même prêts à signer. Mais pour l’instant, on fait les choses progressivement en discutant beaucoup avec son agent pour ne pas précipiter les choses. En Angleterre, ce sont de très grands clubs, du Big Six. En France, le premier club à s’être positionné, c’est Auxerre. »La réussite rapide constitue une source de fierté pour le président.« Ma fierté, c’est d’avoir fait sortir autant de joueurs à ce niveau en quelques années. Le partenariat avec Barcelone en fait aussi partie. »L’objectif est désormais clair : construire un centre de formation complet et durable. Les revenus issus des transferts sont réinvestis dans les infrastructures afin d’améliorer encore la qualité du travail.

Le partenariat non exclusif avec le FC Barcelone a servi de formidable accélérateur de crédibilité.« Déjà, quand tu dis que tu as signé avec Barcelone, les gens te regardent différemment. Ils se demandent comment c’est possible. Ça nous a énormément apporté sur le plan marketing, sur le plan de la notoriété et de la crédibilité. Barcelone, ce n’est pas n’importe quel club. Il y a aussi un accompagnement technique, et un peu sur le plan financier. Mais sur le plan de la formation, quand les techniciens sont arrivés, ils ont dit qu’ils n’avaient pas grand-chose à nous apporter parce qu’il y avait déjà une bonne base.»

Faute de moyens financiers pour communiquer comme les grandes structures, Be Sport Academy a très tôt fait des réseaux sociaux un outil stratégique pour exister et attirer l’attention des recruteurs.« Oui, énormément. Nous avons misé sur ça parce que nous n’avions pas les moyens de communiquer autrement et cela coûtait beaucoup plus cher. Là, ça ne coûte presque rien et on arrive vraiment à faire parler de nous. Ça a été un point très important dans notre stratégie. Aujourd’hui, nous sommes le troisième club qui a le plus d’abonnés au Sénégal, alors que d’autres existent depuis très longtemps. Il n’y a qu’une seule académie devant nous et un club traditionnel. »Dans un marché où la visibilité peut accélérer une carrière, cette présence numérique est devenue une vitrine essentielle pour les jeunes talents de l’académie.

Au-delà du terrain, la scolarité et le développement personnel des jeunes restent un enjeu majeur pour l’académie, même si les moyens ne permettent pas encore de disposer d’un système éducatif interne complet.« L’enjeu, ce n’est pas seulement d’obtenir des diplômes, mais de développer leur compréhension du football et de la vie. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes abandonnent les études trop tôt, ce qui devient un facteur limitant. Nous essayons de les accompagner, mais nous n’avons pas encore toutes les conditions pour le faire comme il faut. »Consciente du problème, Be Sport Academy travaille à la mise en place d’un modèle éducatif adapté, davantage tourné vers l’éveil intellectuel et la préparation à la vie professionnelle, qu’elle soit dans le football ou en dehors.

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