
La véritable question dépasse désormaisle seul cas Balogun. Pourquoi la FIFA donne-t-elle autant de place à Donald Trump malgré les critiques qui s’accumulent autour de cette proximité assumée ? La réponse est d’abord politique, puisque les États-Unis représentent aujourd’hui le marché le plus stratégique pour le développement économique du football mondial. La FIFA a installé une partie importante de ses activités à Miami, où Gianni Infantino a renforcé la présence administrative de l’organisation afin d’accompagner la croissance du football nord-américain. Le pays a déjà accueilli la Copa América et la Coupe du Monde des clubs avant l’actuelle Coupe du Monde 2026, tandis que le pays de l’Oncle Sam co-organisera aussi Coupe du Monde féminine 2031. Plusieurs grandes compétitions internationales constituent un levier majeur pour les droits télévisés, les partenariats commerciaux et le développement de la MLS. Se brouiller avec la Maison Blanche reviendrait à fragiliser un projet économique colossal que la FIFA construit, sous l’impulsion d’Infantino, depuis plusieurs années. De son côté, Donald Trump n’a aucun intérêt à rester simple spectateur.
Le sport constitue depuis longtemps un puissant instrument de soft power pour les présidents américains et la Coupe du Monde offre une vitrine incomparable à quelques mois d’échéances politiques importantes, dont des Midterms très attendus. Chaque apparition aux côtés de Gianni Infantino permet d’associer son image au plus grand événement sportif de la planète devant plusieurs milliards de téléspectateurs. Pour le président de la FIFA, cette proximité répond également à une logique personnelle, puisque le dirigeant italo-suisse revendique régulièrement son ambition de faire du football un acteur diplomatique mondial, au point de rêver d’un futur poste aux Nations Unis. Il s’est impliqué dans plusieurs initiatives liées à des projets de paix, notamment autour du conflit israélo-palestinien, et nourrit depuis longtemps l’ambition de voir le ballon rond jouer un rôle auprès des grandes institutions internationales. Être proche des dirigeants les plus influents de la planète constitue donc un levier d’influence autant qu’une stratégie personnelle. Le problème est qu’à force de vouloir séduire le pouvoir politique, la FIFA donne parfois l’impression que son indépendance devient négociable. L’affaire Balogun en est aujourd’hui l’illustration la plus frappante.