
Le temps s’est rétréci. Il n’y a plus de chemin. Plus de détours. Juste une finale à jouer.
Maroc–Sénégal. Deux nations installées. Deux équipes qui savent pourquoi elles sont là. Le choc n’est ni un accident ni une surprise. C’est la logique d’un tournoi maîtrisé, dominé, assumé. Et peut-être davantage encore : un rendez-vous avec ce que le football africain veut montrer de lui-même.
Car cette finale dépasse le cadre du trophée. Organisation, intensité, exposition mondiale : l’Afrique se regarde, consciente d’être observée. À l’heure où la CAN revendique sa place parmi les grandes compétitions, ce dernier match vaut manifeste.
Le Maroc joue à domicile, porté par un peuple entier. Le Sénégal avance sans bruit, avec l’assurance tranquille de ceux qui ont l’habitude. Deux approches, une même exigence.
Depuis plus de dix ans, le Sénégal ne dévie pas. Demi-finales à répétition, finales, titres. Rien de spectaculaire, tout est structurel. La performance comme culture, la stabilité comme socle. Aujourd’hui, être dans le dernier carré n’est plus un exploit. La finale est devenue une habitude. Presque un standard. Une constance bâtie sur un vestiaire équilibré, une transmission fluide, et un rapport sain au statut.
Pas de démonstration. Pas de posture.
Côté marocain, la pression ne se fuit pas. Elle s’encadre.« L’équipe qui a la pression naturellement, c’est le Maroc. C’est normal, on joue à domicile », admet Walid Regragui.
« Le facteur principal, pour nous, c’est la gestion des émotions. »La finale se gagnera d’abord dans les têtes.
« Ma seule crainte, c’est de ne pas jouer relâché. De se mettre trop de pression. Alors que c’est une finale : il faut la jouer. »
À la veille de la finale, aucun feu verbal. Aucun faux-semblant. Le mot qui revient, des deux côtés, est le même : respect. « Cette phrase cachée dans la tête, je n’aime pas trop », tranche Moussa Niakhaté.
« On a toujours été dans le respect, c’est ce qu’on nous a inculqué avec les valeurs du Sénégal. » Une posture presque à contre-courant. Mais qui dit beaucoup de cette équipe. Et de sa longévité au sommet.
Affronter l’organisateur, le Sénégal connaît. Le contexte n’est jamais neutre, mais il n’est pas un refuge. « Jouer contre le pays hôte, ce n’est jamais facile, parce qu’il y a le public », reconnaît Pape Thiaw.
Puis la ligne est posée : « Mais sur le terrain, c’est 11 contre 11. »
Le sélectionneur va plus loin. « Aujourd’hui, c’est l’image de l’Afrique qui est en jeu. Il ne faut pas qu’on gâte ça. »
Le Sénégal arrive avec l’expérience des grands soirs. Une normalité construite.« Atteindre les demi-finales est presque devenu un minimum pour le Sénégal, et la finale une habitude », rappelle Niakhaté.
Sans détour :« À la fin, il n’y aura qu’un vainqueur. » Le Maroc, lui, ne sous-estime rien.« Le Sénégal sera là, public ou pas public. Ils sont costauds », glisse Regragui. « Les grandes équipes sont toujours là à la fin. »
Chez les plus jeunes Marocains, cette finale marque. « Quand on a 20 ans et qu’on voit les anciens pleurer après une qualification en finale, on comprend ce que ça représente», confie Eliesse Ben Seghir. Le maillot. Le pays. Le moment.
Une finale ne promet rien. Elle tranche. Un détail. Une émotion. Une maîtrise. « Une finale, c’est du 50-50 », dit Walid Regragui. Peut-être un souffle de plus avec le public. Peut-être pas.
Deux nations. Deux trajectoires solides. Une Afrique qui regarde. Et une seule vérité, au bout de la nuit.