
Voué à s’étendre, ce système de multipropriété fragilise finalement le devenir de notre Ligue 1.«Aujourd’hui, la L1 est en train de régresser car elle est incapable de générer un marché suffisant pour faire face à ses dépenses, elle s’ouvre à des dépendances extérieures. Il y a une prédation extérieure. Il y a que nous qui pensons qu’on fait partie du Big Four européen mais on se rapproche plus aujourd’hui du Portugal avec un championnat complètement déstructuré, avec de vraies difficultés à peser en Coupe d’Europe, il suffit de regarder Nice ou Marseille récemment. On peut aussi être complètement dépendant du club filiale comme c’est le cas avec Strasbourg. Aujourd’hui, heureusement qu’il y a le PSG ou encore Monaco avec son originalité sinon ça serait compliqué. Il faut regarder la réalité en face, si tu enlèves le PSG aujourd’hui, le championnat est mort. Il y a un vrai problème structurel et c’est aussi la responsabilité de la Ligue et de la FFF. Ils ne peuvent pas se dédouaner. Tu peux pas être deux fois champions du monde, la première nation sur les 25 dernières années avec l’Argentine et derrière ne pas avoir un championnat qui structurellement est capable de peser», s’alarmait l’auteur de«La France n’est pas un pays de sport ?»chez De Boeck.
Comment alors éviter un tel scénario ?«Pour moi, ça suppose une régulation politique où on considère les clubs comme des actifs stratégiques qu’on ne peut pas vendre car il y a trop de pertes et trop de casses à l’échelle locale. Il y a aussi la question de savoir ce qu’on peut poser comme régulation pour éviter les propriétaires toxiques et puis faire de la DNCG une véritable instance indépendante avec une vraie capacité de régulation. Tout ça associé à une Ligue forte et compétente, sans oublier une Fédération responsable. Aujourd’hui, il y a besoin d’un sursaut politique, le problème c’est que ce dernier peut arriver dans un contexte d’extrême droite avec derrière des idées comme celle de la préférence nationale. Le sport servirait encore une fois à instrumentaliser le reste donc nous ne sommes pas dans un environnement très sain, propice à des grandes avancées. On devrait aussi avoir l’aval des territoires et il faudrait un moment donné inclure les supporters dans l’histoire mais ça, c’est une vision très romantique du foot, la réalité, c’est qu’on est sur des opérations purement économiques et financières dans lesquelles ces acteurs là ne seront jamais considérés car ils n’ont pas de poids». Mesuré dans ses propos – conséquence directe d’un contexte incertain à bien des égards – Jean-Baptiste Guégan concluait finalement en proposant une réforme générale de notre championnat.