Ligue des Champions : Serge Costa, le bras droit français de Yaya Touré au Slovan Bratislava

Ligue des ChampionsSeptember 7, 202617 Views

Le lendemain, le tirage au sort est venu donner une saveur particulière à sa première campagne de C1 : en effet, Serge Costa va retrouver la France,avec un premier match à Paris, mercredi (21h). Rapidement, Yaya Touré s’est projeté tactiquement. «Il m’a dit : “Serge, on compte sur toi, tu les connais bien. Comment on va faire pour qu’ils ne jouent pas leur football ? Comment on va les challenger ?” Tout le monde était déjà en mode : c’est bien, on y est. Maintenant, les choses sérieuses commencent.» Costa aurait préféré aller à Bernabéu ou au Camp Nou, notamment pour accompagner l’ancien milieu pour des retrouvailles avec le FC Barcelone. Le Parc des Princes, il le connaît déjà parfaitement. Avec Le Havre, il avait accroché Paris en avril 2024 (3-3). «Le PSG, même si c’est la meilleure équipe d’Europe, je les ai souvent joués. Je suis plus curieux d’affronter Rome ou d’aller en Autriche. Mais bien sûr que ça me fera plaisir de retrouver des amis en France.»

Ligue Champions Serge Costa

Cette qualification en C1 a permis aussi de mesurer le chemin parcourudepuis notre première rencontre, en 2020. À cette époque, Serge Costa était encore identifié à Playmaker, son programme d’accompagnement individualisé lancé en 2014 sous l’impulsion de l’agent Bouna Ndiaye. Idrissa Gana Gueye, André Ayew, Mattéo Guendouzi, Jules Koundé, Aurélien Tchouameni ou encore Maxence Lacroix avaient profité de son travail. Mais cette activité n’a jamais éloigné Costa de son métier d’entraîneur. Le natif de Sarrebourg coachait déjà à l’académie de Strasbourg et voyait le “player developpment” comme une belle opportunité pour côtoyer des joueurs de très haut niveau. «Quand tu as un problème avec Jules Koundé, puis avec Maxence Lacroix, ça t’aide forcément à devenir un meilleur coach», explique-t-il. À présent, son rôle s’est plus élargi. «Je suis complètement devenu adjoint dans une structure professionnelle. Il y a la maîtrise des problématiques de jeu, la répartition du travail, le fait de suivre la logique du numéro un, mais aussi d’essayer d’identifier ce qui pourrait ne pas fonctionner. Je me mets dans la tête des adversaires pour savoir comment ils vont essayer de nous déranger.»

Tout a basculé à Courtrai (Belgique) en 2021, quand Luka Elsner, qu’il a déjà côtoyé à Amiens, l’a emmené dans son staff. Costa a aussi côtoyé Will Still, qui a marqué sa façon d’exercer. «Il m’a appris le pragmatisme. Il arrivait à vulgariser des choses compliquées sans les réduire. Nous, Français, on avait tendance à utiliser 50 mots pour faire passer une idée. Will, lui, le faisait en trois. Il avait aussi cette intensité, ce côté sans complexe. Ça a été une révolution pour moi.» Mais c’est surtout Elsner qui lui a offert la continuité nécessaire pour s’installer comme adjoint, d’abord à Courtrai, au Standard de Liège et enfin au Havre. «On est différents dans nos personnalités, mais on partage énormément de choses dans la vision du travail et l’innovation. Luka cherche toujours comment faire mieux dans son quotidien. Passer du temps avec lui te rend meilleur naturellement.»

À l’été 2022, Mathieu Bodmer reformait ce duo au Havre, en rajoutant Nicolas Douchez (entraîneur des gardiens) et Thomas Joubert (qui s’occupe de la rééducation d’Hugo Ekitike). Quelques mois plus tard, le HAC décrochait le titre de champion de Ligue 2 et retrouvait l’élite pour la première fois depuis 2008. Les Hacmens établissaient aussi une série de 32 journées consécutives sans défaite, de la 3e à la 34e journée. Un souvenir encore à part pour Costa. «Au départ, on vivait tous à l’hôtel du stade : le coach, la direction sportive, les adjoints…, raconte-t-il.On était là à ne pas dormir pour réfléchir aux recrues, aux entraînements. On démarre très mal avec deux points sur neuf, puis il y a ce déclic à Saint-Étienne où on gagne 6-0.» Le jeu n’est pas toujours spectaculaire, mais l’équipe devient très difficile à jouer. «On doublait les mardis et les jeudis. Ça nous permettait de vivre plus de situations de matchs et d’imaginer les problèmes qu’on allait rencontrer le week-end. Ce n’était pas le football le plus chatoyant, mais il fallait venir nous chercher…»

Costa est ensuite resté au Havre auprès de Didier Digard, dont il a retenu la rigueur tactique et l’exigence, avant de retourner à Amiens en janvier 2026. Une pige de quatre mois avec un seul objectif : sauver un club qui compte toujours à ses yeux. Mais les changements d’entraîneurs, le départ de la direction sportive et l’instabilité générale ont condamné Amiens à la descente en Ligue 3. «C’était vraiment une déception, ça m’a marqué». Une désillusion qu’il n’a cependant pas eu le temps de digérer longtemps. «Amiens m’a sans doute remis les idées en place. Dès que tu entres dans l’avion, tu passes à autre chose. Tu n’oublies pas, je regarde toujours les matchs de L3, mais tu fais la part des choses». Quelques jours après la fin de son contrat, Costa était déjà en rendez-vous avec Yaya Touré.

Une faculté d’adaptation qui n’a pas empêché Yaya Touré de rester attaché à ses principes. Quand Bratislava avait besoin d’un ailier, Costa lui a proposé d’explorer d’autres systèmes. L’Ivoirien a refusé, préférant trouver un joueur capable d’entrer dans leur modèle. «Il me dit : “Tu sais quoi ? Je préfère qu’on accentue notre système et nos forces. Trouvons plutôt le joueur qui peut jouer dans ce système, préparons-le et lançons-le.”» La cellule de recrutement s’est alors tourné vers la réserve et Manasse Kianga (24 ans), ancien joueur de la neuvième division anglaise, a rejoint le groupe pro. Après un apprentissage accéléré grâce à la vidéo et le pari s’est transformé en succès : Kianga a inscrit le but de la victoire sur la pelouse de Mjällby (90e+4).

Dans le football souhaité, Serge Costa reconnaît aussi une influence majeure de Luis Enrique. «Ça fait trois ans que je dis que son football est le plus pragmatique que j’ai pu voir. Ce n’est pas qu’un football de possession, ce n’est pas qu’un football direct. S’il faut faire des passes pour aller de l’avant, ils le font. Et s’il faut créer le surnombre ou mettre le pied sur le ballon, ils savent le faire. C’est le football qui me parle le plus.» C’est désormais ce PSG, double champion d’Europe en titre, qu’il va devoir tenter de déjouer. Pour la suite, aucun objectif chiffré n’a été fixé pour cette phase de ligue : «chaque rencontre sera une finale. Tu affrontes les meilleures équipes du monde, qui vont elles-mêmes se donner à fond. Intérieurement, j’aimerais déjà gagner un match le plus vite possible, et après, on verra.»

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