
Le retrait précipité duprojet FIFA Forward Enterprise n’a pas mis fin à la crise qui secoue Gianni Infantino. Bien au contraire. Le président de la FIFA se retrouve désormais confronté à une contestation d’une ampleur inédite depuis son arrivée au pouvoir. Son ambition de créer une nouvelle société commerciale valorisée à près de 20 milliards de dollars afin d’ouvrir une participation minoritaire à des investisseurs privés a provoqué une véritable explosion politique. Présenté comme un moyen de financer davantage les fédérations nationales grâce à un programme de développement renforcé, le projet a rapidement été perçu comme une tentative de transformer les plus grandes compétitions de la FIFA en actifs financiers. Les révélations sur les discussions menées avec JP Morgan et Thrive Eternal, ainsi que les liens supposés avec des proches de Donald Trump, ont encore accentué les soupçons. Sous la pression de plusieurs confédérations et de nombreuses fédérations nationales, la FIFA a finalement reculé, mais les dégâts politiques apparaissent désormais considérables.
Cette séquence a surtout permis à l’UEFA de prendre la tête d’une fronde mondiale contre Gianni Infantino. Aleksander Čeferin a multiplié les offensives, dénonçant un mode de gouvernance opaque et un projet élaboré sans véritable consultation des acteurs du football. La Confédération asiatique, la Concacaf, la FIFPRO Europe, l’Association des clubs européens, plusieurs gouvernements ainsi que des responsables européens ont également exprimé leurs inquiétudes. Dans le même temps, plusieurs fédérations ont commencé à retirer leur soutien au président de la FIFA, tandis que l’UEFA a adressé une mise en demeure exigeant la conservation de tous les documents liés au projet FFE dans la perspective de possibles poursuites judiciaires. L’objectif dépasse le simple abandon de cette réforme, puisque pour les dirigeants européens, la question porte désormais sur l’avenir même de Gianni Infantino à la tête de la FIFA et sur la nécessité de reconstruire une gouvernance jugée plus transparente et plus collégiale.