
Ces discussions arrivent dans un contexte très particulier. La Coupe du Monde 2030 est déjà promise à une organisation inédite avec le Maroc, l’Espagne et le Portugal, tandis que l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay accueilleront les trois premières rencontres du tournoi afin de célébrer le centenaire de la compétition. Quatre ans plus tard, l’Arabie saoudite prendra le relais pour l’édition 2034. En théorie, le principe d’alternance des confédérations empêcherait donc l’Europe, l’Afrique, l’Amérique du Sud et l’Asie de prétendre à 2038, laissant uniquement la CONCACAF et l’Océanie éligibles si la règle actuelle est maintenue. Le problème est justement là. Ce système, imaginé pour garantir une répartition géographique, paraît de moins en moins compatible avec un football qui évolue vers des organisations toujours plus complexes et des candidatures de plus en plus transcontinentales.
L’héritage des éditions 2026 et 2030 est déjà visible. Plus les exigences augmentent, plus les fédérations cherchent à mutualiser les coûts, les infrastructures et les risques. À cette réalité s’ajoute une autre tendance de fond. Les puissances émergentes veulent désormais leur place dans la course. La Chine n’a jamais abandonné son ambition d’organiser un jour la Coupe du Monde. L’Inde développe progressivement ses infrastructures sportives avec l’objectif de peser davantage sur la scène internationale. Après plusieurs candidatures infructueuses avant son succès pour 2030, le Maroc incarne parfaitement cette montée en puissance de nouveaux acteurs. La FIFA se retrouve ainsi face à un dilemme, soit l’organisation maintient strictement l’alternance des continents mais tout risquant d’écarter de nombreux projets solides au moment où les candidatures individuelles deviennent de plus en plus rares. Assouplir cette règle reviendrait aussi à reconnaître que le football moderne fonctionne désormais autour de grands blocs régionaux et de candidatures hybrides. À l’approche de 2038, le débat dépasse déjà le simple choix du pays hôte. La FIFA est bloquée pour trouver la manière la plus souple d’organiser ses Coupes du Monde pour les décennies à venir.