D’ancien espoir de l’OL à écrivain à 19 ans, la folle trajectoire de Baptiste Monveneur

FootballMay 12, 202615 Views

Ce que Monveneur décrit dans son livre, c’est d’abord la réalité concrète de ce que signifie vivre dans un grand centre de formation à l’adolescence. Il ne cherche pas à donner sa version glamour du centre de formation, mais bel et bien le côté authentique, notamment de la fin de l’aventure, comme il nous l’a confié :« mon départ de l’OL, c’est vrai que ça s’est fait très brutalement. Pendant des années, tu es dans un cadre privilégié au cœur du centre de formation deLyon, qui est un centre formidable. Tu portes ce blason, ce maillot tous les jours, tu t’entraînes avec. C’est une exposition permanente à ce club. Et puis du jour au lendemain, on t’annonce que tu n’es pas conservé. Tout s’arrête. Il faut trouver un nouveau club. Il faut finalement tout refaire. Aujourd’hui, j’ai même du mal à me rendre compte que j’étais à l’OL. »

Ancien Espoir Écrivain Ans

Et à l’issue de ces galères, il est repositionné latéral droit, signe d’un léger déclin et d’une considération moindre à son égard.« Je pense que ces deux blessures marquent un vrai déclencheur. Tout ça, en l’espace de quelques mois, casse complètement ma dynamique. »Ce passage du livre est peut-être l’un des plus justes sur ce que vivent les jeunes joueurs dans les centres. Les blessures, dans la formation de haut niveau, ne sont jamais seulement physiques. Elles interrompent une progression qui, à cet âge-là, se joue sur des fenêtres très courtes. Un mois d’arrêt, c’est un mois pendant lequel d’autres joueurs avancent, se font remarquer et prennent de la place. Dans un centre de formation concurrentiel comme l’OL, ça ne pardonne pas. Comme il nous l’a confié, il ne nourrit aucune amertume envers le joueur qui a fait tomber le premier domino de cette perte de vitesse.

La charge mentale est également un fardeau pour les pensionnaires de centre de formation. A travers son livre, Monveneur évoque aussi cette énorme pression qu’il a ressenti durant son parcours à Lyon :« souvent, ce que je dis, c’est qu’il n’y a pas une seule pression, mais une pluralité. La première, c’est celle qu’on se met soi-même. Déjà, le fait de se dire qu’on est à l’Olympique Lyonnais, que c’est mon club de cœur, mon rêve, et de se demander si on est à la hauteur. Il y a aussi un peu ce syndrome de l’imposteur, dont je parle beaucoup dans le livre. Pendant deux ans, je portais le brassard de capitaine, mais j’avais l’impression que j’allais me faire virer à la fin de chaque saison. »Il y a ensuite la pression institutionnelle — les entretiens annuels, les coaches, l’exigence permanente —, et la pression familiale. Sur ce dernier point, Monveneur a conscience d’avoir eu de la chance : sa famille ne l’a jamais mis sous pression. Mais il voit autour de lui ce que ça donne quand c’est le cas.

L’un des passages les plus courageux du livre concerne le suivi psychologique. À l’OL, une cellule d’optimisation des habiletés mentales existe. Une psychologue est disponible. Mais y aller, selon Monveneur, reste quelque chose de compliqué pour son image.« Aujourd’hui, prendre l’initiative d’aller voir la psychologue du club, c’est presque perçu comme un aveu de faiblesse, explique l’ancien milieu de terrain.Et moi, je pense sincèrement que ça peut même être perçu comme quelque chose de préjudiciable vis-à-vis du club. Je pense qu’à 16 ans, le fait d’aller voir la psy du club pour évoquer des difficultés mentales peut être interprété comme une forme de fragilité qui te suit ensuite ». Il nuance aussitôt : ces entretiens lui ont quand même servi. Pas nécessairement de la façon dont ils étaient censés fonctionner :« ce n’était pas forcément pour me faire du bien, mais parce que c’était parfois le seul moment de la semaine où j’avais une discussion un peu posée, un peu sensée ».

Le tableau qu’il dresse de la saison 2021-22 est sans équivoque avec une dépression de six mois.« J’allais m’entraîner, je partais en déplacement, y compris à l’étranger, et il fallait continuer malgré tout ». Le médecin lui propose à un moment de s’arrêter trois semaines. Il refuse, convaincu que ça l’enfoncerait encore davantage. Ce réflexe de tenir coûte que coûte est probablement l’un des mécanismes les plus communs et les moins discutés dans le football de formation. Sur ce point, Monveneur porte un message clair aux centres à travers son livre. Il faut investir sur le suivi psychologique après la formation autant que pendant. Il cite l’exemple du médecin Iliès Ajarrai, qui l’avait accompagné à l’OL et qui, un an après son départ, avait décroché son téléphone juste pour prendre des nouvelles.

Au sein de la rigueur étouffante du centre de formation, poser des mots sur papier devient son équilibre :« après l’entraînement, quand ça ne se passait pas très bien, rentrer dans ma chambre et écrire une histoire, c’était une vraie soupape de décompression, quelque chose d’indispensable ». Ce que le livre lui a aussi permis, c’est une rétrospective. Deux ans et demi d’écriture, à se replonger dans des souvenirs enfouis, à revisiter des épisodes sous un angle différent.« J’ai tendance à dire que le centre de formation, on en finit détruit ou grandi, conclue-t-il.« Ce livre prouve que, personnellement, j’en suis sorti grandi ». Étudiant en droit à la Sorbonne, auteur d’un premier livre à 19 ans, entraîneur de jeunes le week-end, encore joueur en Régional à Misérieux-Trévoux… Baptiste Monveneur n’a pas tourné la page du football. Avec ce livre, il a mis des mots sur quelque chose que beaucoup ont vécu mais que personne n’avait encore pris la peine de raconter aussi tôt, aussi précisément, de l’intérieur. La fin d’un chapitre de footballeur pour l’intéressé, mais le début de celui d’un qui est tout aussi prometteur que son ancienne carrière sur le pré.

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