FIFA : comment l’Union européenne va impacter la réélection de Gianni Infantino

FootballAugust 2, 20264 Views

La dimension politique de cette crise pourrait désormais jouer un rôle majeur dans la prochaine élection présidentielle de la FIFA. Si Gianni Infantino conservait jusqu’ici une position de force grâce au soutien attendu de nombreuses fédérations membres et à une capacité importante de redistribution financière via les programmes FIFA Forward, la contestation européenne a changé la donne. L’Union européenne, elle-même, n’a pas officiellement pris position contre le président de la FIFA, mais plusieurs eurodéputés se sont déjà emparés de dossiers liés à la gouvernance de l’instance. En juillet,72 membres du Parlement européen avaient notamment demandé une enquête du comité d’éthique de la FIFAsur les questions liées à l’indépendance des décisions sportives et aux éventuelles influences politiques autour du cas Folarin Balogun, sans que cela constitue une position officielle du Parlement européen. Cette mobilisation montre néanmoins que le football mondial n’est plus totalement isolé des institutions politiques européennes lorsque des questions de gouvernance, de transparence ou d’intégrité sportive sont posées. Glenn Micallef, commissaire européen chargé du Sport, a dénoncé la« commercialisation incessante »du football et appelé à une réflexion approfondie sur les conséquences de la réforme de la FIFA. Il rappelle notamment que les décisions économiques liées au football doivent respecter le droit européen de la concurrence et appelle à une consultation élargie des acteurs du jeu.

Fifa Comment Union Européenne

L’Union européenne dispose également de plusieurs leviers indirects pour peser dans ce rapport de force, même si la FIFA reste une organisation basée en Suisse et indépendante des institutions européennes. Bruxelles peut agir sur les sujets liés au droit de la concurrence, à la transparence financière, à la protection des consommateurs ou encore au statut particulier du sport dans l’espace européen. L’arrêt Bosman de 1995, qui a profondément transformé le marché des joueurs en appliquant les règles européennes de libre circulation, reste l’exemple le plus célèbre de l’influence du droit européen sur le football. Plus récemment, la Cour de justice de l’Union européenne a encore rappelé, avec l’affaire Super Ligue en 2023, que les fédérations sportives ne pouvaient pas fonctionner sans respecter certains principes de transparence et de contrôle lorsqu’elles exercent des fonctions économiques. Ces précédents donnent aux opposants à Infantino un cadre juridique pour réclamer une gouvernance plus ouverte, même si l’Union européenne ne peut pas directement organiser une élection à la FIFA. La bataille se jouera donc surtout sur la capacité de l’UEFA et de ses fédérations membres à transformer leur poids politique en influence électorale.

🚨 OFFICIEL ! L’UEFA annonce son intention de boycotter les Coupes du Monde de la FIFA !Dans un communiqué, l’instance européenne a officialisé sa volonté de ne PLUS PARTICIPER aux compétitions de la FIFA si le projet de vente d’une partie des droits commerciaux de la Coupe du…pic.twitter.com/4OJvaW2o44

C’est précisément l’objectif d’Aleksander Čeferin et de l’UEFA dans les prochains mois. L’instance européenne ne semble plus vouloir seulement bloquer un projet précis, mais remettre en question la manière dont Gianni Infantino dirige la FIFA. Elle réclame désormais des comptes sur les décisions prises autour des calendriers, des nouvelles compétitions et des grandes orientations économiques de l’organisation. Selon plusieurs informations duTimes, duTelegraphet duSun, l’UEFA pourrait chercher à convaincre suffisamment de fédérations pour provoquer un congrès extraordinaire et mettre la pression sur le président sortant. Les statuts de la FIFA permettent aux associations membres de demander une telle réunion sous certaines conditions, ce qui place les 55 fédérations européennes dans une position stratégique. La réélection de Gianni Infantino, qui semblait presque acquise avant cette crise, dépendra donc désormais de sa capacité à reconstruire une confiance largement fissurée. Le retrait de FIFA Forward Enterprise a stoppé une tempête, mais il a surtout révélé une fracture profonde autour du modèle de gouvernance de la FIFA…

Les opposants à FIFA Forward Enterprise estiment justement que l’arrivée d’investisseurs privés dans l’exploitation commerciale des compétitions de la FIFA pourrait éloigner le football de ce modèle en renforçant une logique purement financière. La Commission européenne pourrait donc utiliser ce cadre juridique et politique pour demander davantage de garanties sur la transparence, la séparation des pouvoirs et la protection de l’intérêt général du football. Sans pouvoir directement empêcher Gianni Infantino de se représenter en 2027, l’Union européenne peut en revanche renforcer considérablement la pression autour de sa gouvernance et offrir un soutien institutionnel aux acteurs qui réclament une profonde réforme du fonctionnement de la FIFA. Pour Aleksander Čeferin et l’UEFA, le soutien potentiel des institutions européennes représente donc une arme supplémentaire pour fragiliser l’image de Gianni Infantino et peser sur une élection de 2027 qui semblait jusque-là largement acquise au président sortant. Le combat ne se joue plus uniquement dans les couloirs de Zurich, mais désormais aussi dans les institutions européennes.

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